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Pieds Nus sur les Limaces

 
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Fuchsia
Amanite Phalloïde

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MessagePosté le: Ven 28 Juin - 01:31:58 (2013)    Sujet du message: Pieds Nus sur les Limaces Répondre en citant



Pieds Nus sur les Limaces
de Fabienne Berthaud - 2010

Avec Diane Kruger (Clara), Ludivine Sagnier (Lily), Denis Ménochet (Pierre), Anne Benoît (Mireille).



J'avais beaucoup aimé le livre (la réalisatrice a adapté son propre livre, on n'est jamais mieux servis que par soi-même) et j'attendais de découvrir le film, en sachant que le parti-pris était plus lumineux que dans le livre.

Clara hérite après la mort de sa mère de sa vaste maison en Dordogne. Elle hérite aussi au passage de sa petite soeur Lily, considérée comme une demeurée par la moitié du village. Comprenant que la jeune fille ne peut s'occuper d'elle-même sans se mettre en danger, Clara finit par s'installer dans la maison pour veiller sur elle... au fur et à mesure du temps qui passe, Clara est contaminée par la joie de vivre de Lily, sa simplicité, sa liberté.



Force est de constater que le film n'entretient que peu de rapports avec le livre.
Là où le livre se concentrait, à travers les mots de Clara, sur la lente implosion d'une femme qui se sacrifie pour une autre, le film prend la tangente.
Lily n'est plus cette gentille folle dont la présence pesante, irritante, finit par réveiller les pulsions meurtrières de sa soeur, mais une jeune fille loufoque ayant renoncé à la normalité (telle que l'impose la société, à savoir un travail, un mari, des enfants, etc.), certes incapable de s'occuper d'elle-même, enfantine mais terriblement lucide ; et qui va apprendre à sa soeur à quitter le conformisme, à se moquer des carcans, à vivre, tout simplement.
Si l'intention est louable et parle à certains d'entre nous (je souscris tout à fait à ce propos), je ne peux que constater que le film va droit dans le mur.
Son défaut le plus évident est sa longueur, où l'on ressent une sensation proche de l'ennui : non pas que le film soit très lent ni très long, non. Mais il est redondant dans son propos, ce qui donne l'impression de tourner en rond. La faute également à la réalisation, un peu paresseuse et lourde, qui filme au plus proche des visages des deux soeurs, ce qui n'était pas une mauvaise idée - Ludivine Sagnier est parfois d'une laideur singulière contrairement à Diane Kruger, très belle au naturel - malgré quelques jolis plans.



Le film se passe presque exclusivement dans la maison de famille, où Lily passe son temps entre son atelier - qui était l'ancien bureau de travail de son père - et la maison. Son passe-temps préféré est de coudre la fourrure des animaux morts pour divers usages : des slips en fourrure et des pantoufles.
Lily est un beau personnage qui est considérée par tout le monde comme une demeurée qu'il vaudrait mieux envoyer à l'asile. Sa soeur, Clara, plus rangée, vit avec son époux dans un petit appartement. Il est avocat, elle est sa secrétaire. Lily essaie bien de vivre toute seule mais elle représente, pour le voisinage, une foldingue qui se met en danger, couche avec tout le monde, met du bordel partout où elle passe. Mireille est une dame chargée de venir s'occuper d'elle trois heures dans la journée. Après une sortie en ville qui nous révèle que Lily n'est ni sortable, ni fréquentable, ni très polie, Clara finit par prendre des vacances pour s'occuper d'elle et vivre auprès d'elle, devenant très vite une mère de substitution (Lily allant jusqu'à l'appeler "Maman Clara") au désespoir de la famille de son époux qui, enraciné dans les conventions, clame que la présence de la jeune fille est un risque pour le couple puisqu'elle devient l'enfant qu'ils n'auront jamais si les choses continuent ainsi.
Pourtant, au fil des jours, entre agacement, inquiétude et colère, Clara va s'apercevoir que son monde est une illusion et que, comme le lui fait comprendre sa cadette, elle n'est peut-être pas si heureuse que cela.

Et c'est là que le bât blesse. Jusque là, le film parle de deux soeurs malheureuses chacune à sa façon et qui vont, au contact l'une de l'autre, panser mutuellement leurs plaies. Si l'on comprend le désir de liberté de Lily, la soif d'émancipation de Clara parait superficielle et ambiguë. Sa rébellion reste obscure. Depuis le début, son époux Pierre nous est présenté comme un être conformiste, certes (il est avocat, c'est un personnage tranquille et peut-être trop sérieux) mais qui accepte la loufoquerie, les bêtises de sa belle-soeur, jusqu'à se fâcher avec ses parents qui crachent leur fiel sur la jeune fille. Subitement, à cause d'un chien, le voilà qui passe pour un imbécile de première (à la plage, un dogue vient baver sur Lily qui s'énerve et agresse verbalement le couple, le mari dit que ce n'est qu'un chien - donc pas très grave - et c'est lui qui passe pour quelqu'un de dur, de coincé, de con, comme lui dit Clara quelques heures plus tard !!!).
Je ne suis malheureusement pas du tout pour le conformisme mais une telle intolérance rend cette scène particulièrement absurde et incohérente. Comme si la réalisatrice avait eu besoin d'un événement-clef pour mieux pousser Clara sur le chemin qu'elle a choisi... malheureusement, l'événement-clef n'est absolument pas crédible. Si encore son mari avait été un connard de première, cela pourrait se comprendre. Là, non.

Certains passages auraient pu être élagués. L'arrivée des gars bossant pour la croix-rouge invités par Lily avec qui elles passent une soirée au coin du feu, séquence qui servait de catalyseur dans le livre - Clara finissant par faire l'amour avec l'un d'eux, parce qu'elle se sent seule et abandonnée - et qui ici, traîne terriblement en longueur et n'est qu'un prétexte à démontrer par A + B la liberté de la petite soeur qui offre sa confiance et son corps sans arrière-pensées et qui, par là-même, accueille le bonheur sans la méfiance de son aînée (alors que tout dans la réalisation et dans l'emploi de la musique nous dit qu'il faut peut-être se méfier de ces hommes)... séquence plombée (en plus) par une musique à l'harmonica et à la guitare qui rappelle un peu trop les camps scouts ou les soirées au coin du feu d'un jeune et sa fichue guitare.
Cucul-la-praline ? Pas loin !



Pourtant, Lily est un personnage très intéressant, un personnage que tout le monde prend pour une folle alors que c'est sa folie qui lui permet de dire ce qu'elle pense, de ne pas être entravée par la bien-pensance. Puisque le parti-pris de la réalisatrice était de nous dire qu'une personne considérée comme simple d'esprit peut rappeler à ceux qui la fréquente que le vrai est ailleurs, alors il aurait fallu quelque chose de suffisamment fort pour le démontrer... hélas ! absolument toutes les actions de Lily la rende antipathique : son discours sur le mariage et sa démonstration pour expliquer à Clara que son mari ne l'aime pas, sa vengeance contre les parents de Pierre en tuant leur chien, sa crise de colère contre le couple de français moyen et leur chien (bis). D'habitude au cinéma, ce genre de personnages m'exaspère ; pour une fois, j'estimais qu'ils n'étaient coupables de rien, sauf de l'agacement de deux soeurs qui, visiblement, n'aiment pas les animaux et se plaignent parce qu'un chien bave sur elles et lorgne sur leur panier. C'est une bien maigre raison pour péter un plomb. Même chose quand Lily explique l'un de ses crédos, qui est "j'ai un corps, c'est pour m'en servir". Ce qui est somme toute tout à fait recevable. Problème : les scènes sont filmées de telle façon que l'on n'en retient que l'aspect glauque. Un peu comme si des jeunes en manque de sexe venaient se soulager chez la pute du coin.



Le film, contrairement au livre, aimerait nous parler de légèreté, de liberté, de la beauté qu'il y a à vivre au jour le jour, de l'amour (re)naissant entre deux soeurs. C'est encore une fois raté tant la forme diffère du fond. Il y a beau n'y avoir que du soleil, des fleurs et des feuilles d'arbres, le ciel bleu, omniprésence de la nature se reflétant par le vent dans les cheveux, le vent soulevant une jupette, des fleurs à provision (dans les prairies, au cimetière, en bouquet dans les mains), le film reste incroyablement plat et l'on ne retient que la pesanteur. Il n'y a absolument rien de gai, rien de drôle, rien de joyeux ou lumineux ou même tout simplement loufoque.
Au fur et à mesure du film, Lily n'apparaît plus comme ce personnage attachant mais comme un être malin, pervers et calculateur, réussissant à garder sa soeur pour elle et uniquement pour elle. J'ignore si c'est ce qu'à voulu démontrer la réalisatrice mais le fait est là. L'une des idées qui m'a traversée après la vision est celle-ci :
et si Clara avait fait exprès de renoncer à son mariage, de renoncer à sa vie d'avant dans le but de s'occuper de sa soeur ? Et si c'était le seul moyen qu'elle avait, le renoncement pour mieux entrer dans la vie de Lily ? On pourrait le penser mais les propos de la réalisatrice montre bien que Clara est sincère de bout en bout.




Ce qui est d'autant plus dommage que le premier tiers du film est pétri de tendresse et de douceur et il reste de jolies scènes comme la rêverie de Clara qui s'imagine en train de noyer sa soeur dans son bain, des discours assez plaisants (voir les propos que tiennent certains personnages, dont l'abominable femme d'un ami du couple qui explique qu'elle a perdu sa mère d'une crise cardiaque, ce qui était un choc... contrairement à son époux dont le père est mort d'un cancer et qui a eu, lui, le temps de s'habituer ! Une scène réussie tant elle distille le malaise - et même la colère).
Je songe également à cette scène montrant la première nuit de Lily dans la grande maison à regarder la télévision : elle possède un dindon, apporte tous les animaux empaillés et sculptés près du canapé où elle se gave de chips (qu'elle renverse avec joie sur le tapis) en regardant des documentaires animaliers. Dans cette scène, on ressent réellement la liberté de Lily, son refus des conventions (animaux de basse-cour dans le salon, balancer les chips sans se soucier du ménage).
Une autre très belle idée - déjà présente dans le livre - est la progressive transformation de Clara en mère de substitut : non seulement elle dort dans la chambre de sa mère mais en plus, elle prend parfois l'habitude de porter les vêtements de la défunte.
L'atelier de Lily m'a également beaucoup plu !



Il y avait là matière à montrer une histoire sublime. L'intention est tout à fait louable, la morale est jolie même si certains diraient qu'elle est démagogique (la nature est en ce moment à la mode). De plus, certaines attitudes de Clara sont pointées du doigt : quand elle interrompt le coït de sa soeur avec les trois jeunes qu'elle ne connait qu'à peine ou quand elle s'inquiète de la présence des trois hommes (des inconnus) dans sa maison, on pourrait y voir une forme de sagesse ou de prudence, mais non, semble nous dire Fabienne Berthaud : Clara est méfiante et coincée. Seulement ça.
Le regard sur la mort est beaucoup plus intéressant : Clara qui l'occulte, Lily qui vit avec, fabriquant des slips et pantoufles avec la fourrure des animaux morts qu'elle trouve dans la forêt et sur le bord des routes ; jusqu'à pendre un ourson en peluche au plafond pour rappeler le suicide de son père.
Lee besoin de vivre au jour le jour, comme le dit Clara à la fin du film, quand Lily s'inquiète de ne plus avoir de pantoufles à vendre : "on verra demain".
Une belle journée est déjà une journée de gagnée contre la mort.
Mais l'on ne ressent jamais cette idée parce que la sensation de pesanteur reste omniprésente, puisque l'on ne retient qu'elle. A aucun moment, je n'ai ressenti cette ambiance folle, terrible mais foncièrement joyeuse, qui aurait du clore le film, compte-tenu de son sujet. Et c'est dommage parce que cette ambiance est présente à certains instants : la scène du bain où Lily s'entraîne à l'apnée ou celle, très jolie et bucolique, où les deux soeurs vont se baigner dans la rivière.
Ce qui est malheureusement peu pour un film que j'aurais aimé beaucoup aimé !
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MessagePosté le: Ven 28 Juin - 01:31:58 (2013)    Sujet du message: Publicité

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Xoan
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Inscrit le: 16 Mar 2009
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MessagePosté le: Ven 28 Juin - 12:34:36 (2013)    Sujet du message: Pieds Nus sur les Limaces Répondre en citant

Une belle critique pour un film que je ne connaissais pas du tout Okay
Vu le sujet il m’intéresse beaucoup même si en te lisant je me dis qu'"ils" sont encore passé à côté d'une belle réussite.
La question est de savoir si pour quelqu'un comme qui n'a pas lut le roman peut y trouver un véritable intérêt.
Parce que certaines choses que tu dis (voir décris) me font penser qu'il y a un côté un peu trop "propret", trop convenu sur le traitement du sujet...
En tout cas merci pour cette découverte et ce chouette topic ! Okay

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